AAH 2026, conjoints et foyer fiscal : qui gagne vraiment à la réforme ?

Depuis le 1er octobre 2023, le calcul de l’allocation aux adultes handicapés peut ignorer les revenus du conjoint. La déconjugalisation de l’AAH a été présentée comme une avancée majeure pour l’autonomie financière des personnes en situation de handicap.

Deux ans après sa mise en place, le bilan est plus contrasté que le discours officiel ne le laisse entendre. En 2026, avec une revalorisation indexée sur l’inflation et un montant maximal porté à 1 041,59 euros par mois, la question reste ouverte : quels foyers profitent réellement de la réforme, et lesquels passent entre les mailles ?

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Déconjugalisation de l’AAH : le mécanisme du double calcul

Le principe adopté en 2023 ne supprime pas l’ancien mode de calcul. La CAF et la MSA comparent automatiquement deux scénarios pour chaque allocataire en couple : le calcul conjugalisé (qui intègre les ressources du conjoint) et le calcul déconjugalisé (qui ne retient que les revenus propres du bénéficiaire). Le montant le plus avantageux est appliqué, sans démarche à effectuer.

Ce système de comparaison automatique protège en théorie les allocataires déjà en couple avant la réforme. Personne ne devait y perdre.

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Le basculement vers le calcul déconjugalisé devient définitif dès qu’il est plus favorable. À partir de ce moment, il n’y a plus de retour possible vers l’ancien mode, même si la situation du foyer évolue.

Abattement de 5 000 euros sur les revenus du conjoint : qui en profite vraiment

Femme en fauteuil roulant examinant des documents administratifs sur la réforme AAH et le foyer fiscal

Pour les foyers où le calcul conjugalisé reste appliqué (parce qu’il est encore plus avantageux), un abattement forfaitaire de 5 000 euros par an sur les ressources du conjoint a été instauré. Ce levier bénéficie clairement aux couples où le conjoint perçoit un revenu bas ou moyen : l’abattement fait baisser la base de ressources prise en compte, ce qui augmente le montant de l’AAH versée.

En revanche, cet abattement ne change pas grand-chose pour les foyers où le conjoint dépasse nettement les anciens plafonds. Un conjoint dont le salaire annuel net est bien supérieur au seuil voit l’abattement absorbé sans effet suffisant pour ouvrir ou augmenter le droit à l’AAH. La réforme crée donc un palier assez net : les couples modestes y gagnent, ceux situés juste au-dessus des seuils restent exclus.

Un angle mort dans le débat public

La communication autour de la déconjugalisation a mis l’accent sur les gagnants. Les perdants relatifs, c’est-à-dire ceux pour qui rien ne change malgré un handicap reconnu, sont rarement mentionnés. Leur conjoint gagne trop pour le calcul conjugalisé, mais pas assez pour compenser la perte de l’AAH. Cette zone grise concerne des foyers dont les revenus sont loin d’être confortables.

AAH et foyer fiscal : le décalage avec les autres aides en 2026

La déconjugalisation de l’AAH modifie la logique de calcul de cette allocation, mais elle ne touche pas au fonctionnement du foyer fiscal. L’AAH reste exonérée d’impôt sur le revenu, de CSG et de CRDS. Elle n’entre pas dans le revenu fiscal de référence (RFR) du bénéficiaire.

Le problème se situe ailleurs. D’autres aides et dispositifs continuent de se baser sur le RFR de l’ensemble du foyer. MaPrimeRénov’, par exemple, prend en compte les revenus du conjoint via le RFR de l’année N-1. Un allocataire de l’AAH peut donc se retrouver dans une situation paradoxale :

  • Éligible à l’AAH grâce au calcul déconjugalisé, qui ignore les revenus du conjoint
  • Exclu de MaPrimeRénov’ ou d’aides locales parce que le RFR du foyer, incluant le conjoint, dépasse les plafonds
  • Dans l’impossibilité de faire valoir une cohérence entre les deux systèmes auprès des organismes concernés

Les plafonds de l’AAH sont désormais décorrélés du RFR du foyer, mais le reste de l’architecture sociale ne s’est pas aligné. Ce décalage produit des effets concrets sur l’accès au logement, à la rénovation énergétique ou aux tarifs sociaux de l’énergie.

Revalorisation AAH 2026 : une hausse limitée par la baisse de l’inflation

Assistante sociale accompagnant un couple dans les démarches liées à la réforme AAH 2026 et au foyer fiscal

Le PLFSS 2026 avait initialement prévu un gel des prestations sociales, AAH comprise. Après le rejet de cet article et les annonces du gouvernement en faveur d’un dégel, la revalorisation de l’AAH en 2026 est indexée sur l’inflation réelle (indice des prix à la consommation hors tabac, constaté entre février 2025 et janvier 2026).

L’inflation ayant nettement ralenti, la hausse reste modeste. Le montant maximal est passé à 1 041,59 euros mensuels pour une personne seule. Pour un allocataire en couple, le montant effectif dépend du mode de calcul retenu et des ressources prises en compte.

Ce que la revalorisation ne compense pas

Une indexation sur l’inflation protège le pouvoir d’achat théorique, mais ne rattrape pas les années où la revalorisation a été inférieure à la hausse du coût de la vie. Pour les bénéficiaires dont le taux d’incapacité est compris entre 50 % et 79 %, la restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi rend difficile toute compensation par des revenus d’activité. La revalorisation annuelle constitue alors le seul levier d’amélioration de leur situation financière.

Droits AAH en couple : les situations où la réforme ne suffit pas

La déconjugalisation a répondu à une revendication ancienne des associations de personnes handicapées : ne plus dépendre financièrement du conjoint pour accéder à un minimum social. Sur ce plan, la réforme marque un changement réel pour les allocataires dont le conjoint perçoit des revenus.

Plusieurs limites persistent :

  • Le calcul déconjugalisé ne prend pas en compte les charges réelles du foyer (loyer, frais liés au handicap non couverts par la PCH)
  • Les revenus du patrimoine du conjoint peuvent encore peser dans certaines configurations du calcul conjugalisé
  • Le cumul AAH et prime d’activité reste soumis à des règles propres qui, elles, tiennent compte des ressources du foyer
  • Les droits connexes (tarifs sociaux, aides au logement) ne suivent pas la même logique de déconjugalisation

Pour les couples où les deux membres perçoivent l’AAH, le calcul s’applique individuellement, ce qui peut représenter un gain significatif. Pour un foyer où seul un membre est allocataire et l’autre dispose de revenus modestes, le gain réel dépend du niveau exact de revenus du conjoint et du mode de calcul retenu par la CAF.

La réforme de la déconjugalisation a posé un principe d’autonomie financière. Sa traduction concrète reste tributaire d’un système de prestations sociales qui n’a pas été repensé dans son ensemble. Les données disponibles ne permettent pas encore de mesurer l’ampleur exacte des foyers laissés dans l’angle mort, entre deux logiques de calcul qui ne communiquent pas.

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