En France, le permis de conduire est délivré à durée illimitée. Aucune visite médicale obligatoire n’est imposée aux conducteurs seniors, quel que soit leur âge. Une proposition de loi déposée en mars 2025 prévoit d’instaurer un contrôle médical obligatoire dès 70 ans, tous les cinq ans, puis tous les deux ans à partir de 75 ans. Le texte est en cours de discussion.
Ce flou législatif place les familles, et notamment les enfants de conducteurs âgés, dans une position délicate : entre respect de l’autonomie parentale et préoccupation légitime pour la sécurité.
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Rôle des enfants dans la décision d’arrêter de conduire après 70 ans

Selon une enquête de la Fondation MAIF publiée fin 2024, une part significative des renonciations au permis après 70 ans ne vient pas des médecins. Ce sont les enfants qui incitent leurs parents à arrêter de conduire, souvent par crainte d’accident, alors que les seniors concernés ne se sentent pas eux-mêmes en difficulté au volant.
Ce décalage de perception crée des tensions familiales concrètes. Le parent vit la suggestion comme une remise en cause de son autonomie. L’enfant, lui, agit sur la base d’observations ponctuelles (un accrochage, une hésitation au carrefour, un oubli de clignotant) sans disposer d’éléments médicaux objectifs.
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La Haute Autorité de Santé signale dans un dossier de 2024 une augmentation des consultations où ce sont les enfants qui demandent un avis médical sur l’aptitude à conduire d’un parent, parfois en l’absence de toute plainte du senior lui-même. Cette situation soulève des questions éthiques précises : le médecin est tenu au secret médical, et la famille n’a pas de droit décisionnel sur le permis d’un tiers.
Bilan de conduite volontaire : une alternative au conflit familial

Plutôt que de fonder la discussion sur un ressenti subjectif, les familles peuvent recourir à un dispositif encore peu connu : le bilan de conduite volontaire en auto-école. La Délégation à la Sécurité routière note depuis 2023 une montée en puissance de ces bilans, qui consistent en un test en conditions réelles avec un moniteur diplômé.
Le principe est simple. Le conducteur senior effectue un trajet habituel sous observation. Le moniteur évalue la gestion des intersections, le respect des distances de sécurité, les réactions aux imprévus, et la maîtrise globale du véhicule. Un compte rendu écrit est remis à l’issue.
Ce qui rend ce dispositif pertinent pour les familles :
- Le bilan est réalisé par un professionnel neutre, ce qui désamorce le caractère accusatoire d’une remarque familiale
- Le résultat est factuel (observations en situation réelle), pas émotionnel
- De plus en plus souvent, ce sont les enfants eux-mêmes qui financent ou co-organisent ces bilans pour objectiver la discussion
- Des adaptations concrètes peuvent être proposées (éviter certains trajets, renoncer à la conduite de nuit) au lieu d’un arrêt total
Un bilan de conduite ne remplace pas un examen médical. Il ne débouche sur aucune décision administrative. Son utilité est ailleurs : il transforme un sujet tabou en conversation appuyée sur des faits.
Visite médicale permis de conduire : ce que prévoit la proposition de loi 2025
Si le texte en discussion est adopté, les conducteurs de plus de 70 ans devront passer un examen médical pour renouveler leur permis. Le contrôle porterait sur l’acuité visuelle, les capacités cognitives de base et l’état de santé général. Le médecin agréé rendrait un avis d’aptitude, d’aptitude avec restrictions, ou d’inaptitude.
En cas d’inaptitude constatée, le permis pourrait être suspendu. Le conducteur disposerait alors de voies de recours, notamment la possibilité de demander un second avis médical.
Ce modèle s’inspire de ce qui existe déjà chez plusieurs voisins européens. En Espagne, des tests de conduite sont imposés à intervalles réguliers à partir de 65 ans. Au Portugal, le dispositif commence dès 40 ans avec des fréquences variables selon l’âge.
Pour les familles, cette réforme changerait la donne sur un point précis : la responsabilité de la décision passerait du cercle familial au cadre médical. L’enfant n’aurait plus à endosser le rôle de celui qui « retire les clés ».
Signalement en préfecture par un médecin : procédure et limites
Même sans la nouvelle loi, un mécanisme existe déjà. Un médecin peut signaler à la préfecture un patient dont l’état de santé lui paraît incompatible avec la conduite. La préfecture peut alors convoquer le conducteur pour un examen médical devant un médecin agréé.
En pratique, cette procédure reste peu utilisée pour plusieurs raisons :
- Le médecin traitant hésite souvent à rompre la relation de confiance avec son patient âgé
- Le signalement n’est pas une obligation légale mais une possibilité, ce qui laisse une large marge d’appréciation
- Le secret médical interdit au médecin de communiquer à la famille les détails de sa décision ou de son évaluation
Pour les enfants qui s’inquiètent, la démarche concrète consiste à en parler au médecin traitant du parent. Le médecin ne pourra pas leur transmettre d’informations médicales, mais il pourra intégrer cette alerte familiale dans son suivi et, le cas échéant, aborder le sujet de la conduite lors d’une consultation.
Conduite des seniors et assurance auto : ce qui change sans loi
En l’absence de contrôle médical obligatoire, les assureurs auto appliquent leurs propres critères. Passé un certain âge, certaines compagnies augmentent les primes ou refusent de renouveler le contrat, en particulier après un sinistre responsable.
Un point que les enfants ignorent souvent : un accident causé par un conducteur dont l’état de santé est manifestement incompatible avec la conduite peut entraîner un refus d’indemnisation. L’assureur peut invoquer une aggravation du risque non déclarée. La famille peut alors se retrouver exposée financièrement, surtout en cas de dommages corporels causés à un tiers.
Vérifier les conditions du contrat d’assurance auto d’un parent âgé, et s’assurer que les éventuelles restrictions médicales connues ont été déclarées, fait partie des précautions concrètes que les enfants peuvent prendre sans empiéter sur l’autonomie du conducteur.
Le sujet de la visite médicale pour le permis de conduire après 70 ans dépasse le cadre réglementaire. Tant que la loi n’impose rien, c’est dans l’espace familial que la question se pose, avec des outils limités mais réels : bilan de conduite volontaire, dialogue avec le médecin traitant, vérification du contrat d’assurance. La proposition de loi 2025, si elle aboutit, transférera une partie de cette charge vers le corps médical, mais n’effacera pas la nécessité d’une conversation entre générations.

